Le passage sur la Champagne du nuage radioactif fantôme de Tchernobyl

nota : cette petite étude, absolument sans prétention, a été réalisée avec un compteur Geiger-Müller relativement simple, mais donnant des résultats précis et répétitifs - elle concerne l'évolution de la radioactivité atmosphérique globale au sud de la Champagne, pendant le mois qui a suivi la catastrophe - son avantage est d'être totalement indépendante, et aux antipodes de la langue de bois des discours officiels de l'époque - son seul but est de montrer qu'il s'est bien passé quelque chose dans notre région au cours du fameux mois de mai 1986...
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date
heure
imp
durée
i/min
1-5-86
17h
82
6'
13,6
 
19h23
78
5'
15,6
 
21h
69
5'
13,8
2-5-86
9h09
91
5'
18,2
 
11h48
70
5'
14
 
16h29
88
5'
17,6
 
19h
77
5'
15,4
**
(20h)
(118)
(5')
(23,6)
3-5-86
8h06
103
5'
20,6
 
12h36
96
5'
19,2
 
19h23
108
5'
21,6
4-5-86
8h11
123
5'
24,6
 
12h32
105
5'
21
 
16h54
93
5'
18,6
 
20h30
114
5'
22,8
5-5-86
7h42
126
6'
21
 
20h06
267
14'15"
18,73
6-5-86
7h39
110
5'
22
 
19h39
98
5'
19,6
7-5-86
20h
78
5'
15,6
8-5-86
17h40
86
5'
17,2
9-5-86
11h34
84
5'
16,8
10-5-86
19h41
76
5'
15,2
11-5-86
20h55
86
5'
17,2
14-5-86
7h36
100
6'
16,6
 
20h21
84
5'
16,8
15-5-86
20h10
266
16'44"
15,8
17-5-86
17h50
80
5'
16,1
22-5-86
19h56
60
5'
12
25-5-86
20h09
68
6'
11,3
31-5-86
8h02
73
5'
14,6

On a tous en mémoire le drame de Tchernobyl qui s'est produit le 26 avril 1986.

Alors que tous les pays d'Europe prenaient des précautions visant à préserver la santé de leurs habitants, notre gouvernement d'alors, très taquin, nous affirmait : “ne vous en faites pas, le nuage radioactif s'est arrêté pil poil à nos frontières, et vous pouvez, sans risque, continuer à consommer du lait, de la viande et des légumes ! “

Je ne sais pas pourquoi ( peut-être ai-je eu une intuition ? ), mais j'ai pensé à l'époque que ça pouvait être intéressant de faire quelques relevés de radioactivité (*), dans le cas, bien improbable, où l'on nous cacherait un peu la vérité... (* compteur Geiger-Müller - tube RTC type 18504)

Ces mesures ont été réalisées à Troyes, à l'extérieur, toujours au même emplacement et à 1 m au dessus du sol - les impulsions étaient en général comptabilisées sur une durée de 5 minutes.

J'ai commencé les relevés le 1 mai 1986, à raison de 3 ou 4 mesures par jour au début de la première semaine, puis d'une façon plus espacée jusqu'à la fin du mois.

Quelques points marquants :

- le 1 mai, la radioactivité globale avait pratiquement doublé.
- le 2 mai, à 20 heures après une pluie d'orage, j'ai pu mesurer, à proximité de l'eau recueillie, un premier pic à plus de trois fois la normale ( ** non représenté sur le graphique).
- le 3 mai la radioactivité avait été multipliée par trois.
- le dimanche 4 mai, à 8 heures du matin, je relevais un maximum de trois fois et demie la valeur habituelle.
-
à partir du dimanche 4 mai, la radioactivité a décru lentement pour se stabiliser, à la fin du mois, à une valeur environ une fois et demie supérieure à la normale.

D'après les dernières mesures effectuées avec ce même appareil (relevés du 27/02/02), elle est encore, aujourd'hui, 20 % plus élevée qu'elle ne l'était avant l'accident de Tchernobyl, mais peut-être est-ce dû à d'autres causes, à d'autres contaminations...

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C'est vrai qu'en soi, le niveau de radioactivité atteint n'avait rien d'exceptionnel, puisqu'il correspondait à peu près à celui mesuré, avant l'accident, au contact de certaines roches granitiques des Vosges ; mais les choses ne sont malheureusement pas aussi simples.

Dans le cas de la radioactivité naturelle des Vosges, les éléments radioactifs piégés dans le granit ne peuvent interagir avec notre organisme que par l'intermédiaire des radiations qu'ils produisent. Il y a bien production d'un peu de radon qui migre lentement au travers de la roche, mais il se dissipe immédiatement dès qu'il est libéré dans l'atmosphère.

Au contraire, d'après ce que l'on peut lire aujourd'hui sur l'événement de Tchernobyl, les radioéléments étaient transportés dans le nuage sous forme d'aérosol que nous n'avons pu éviter d'inhaler. Certains de ces radioéléments se sont fixés dans la trachée, les bronches et les alvéoles pulmonaires, et d'autres sont probablement passés dans le sang pour aller se concentrer dans d'autres organes. Il semble donc bien que la dangerosité de ce nuage ait été davantage liée à la nature des radioéléments qu'il contenait, et à leur mode de diffusion, plutôt qu'au nombre de becquerels mesurés ponctuellement durant les jours qui ont suivi la catastrophe.

Des études récentes indiquent que dans cet aérosol radioactif étaient présents, en grande quantité, des éléments nocifs que l'on ne trouve qu'à l'état de traces dans la nature. Elles pointent particulièrement du doigt l'iode 131 (période 8 jours) qui s'accumule dans la thyroïde, mais aussi le césium 134 et le strontium 90, de période plus longue, que l'organisme a la fâcheuse tendance à confondre avec le calcium et à fixer dans les os de notre squelette.

- ce graphique représente l'évolution de la radioactivité atmosphérique globale (bêta et gamma) mesurée dans l'agglomération troyenne, pendant le mois qui a suivi l'explosion de la centrale de Tchernobyl.

- une série de points alignés verticalement indiquent que plusieurs mesures ont été réalisées au cours de la même journée.

La décroissance rapide de la radioactivité, dans les jours qui ont suivi, laisse penser qu'il y avait bien parmi eux un certain nombre de ces radioéléments à période de vie très courte.

J'avais conservé dans une bouteille de verre, un litre d'eau de pluie (dont celle de l'orage du 2/05/86) qui présentait une radioactivité de l'ordre de quatre fois la normale. À la fin du mois, la radioactivité avait baissé de 25 %. Quelques années plus tard, à ma grande surprise, cette eau ne manifestait plus aucune radioactivité mesurable et ne contenait probablement plus que des éléments de décomposition stables.

Les radioéléments à vie courte ont donc aujourd'hui complètement disparu, mais pendant la durée où ils étaient actifs, on peut se demander s'ils n'ont pas causé quelques dégâts, comme en témoigne la participation de ce médecin du Massif Central au groupe de discussion fr.bio.medecine (janvier 99) :

>Comment se fait il qu'il y ait de plus en plus de personnes souffrant d'hypo ou d'hyperthyroïdie ?
- Tchernobyl ?
> Que ça ?
- Que ça, je n'en suis pas sûr. Ce faisant, je (sé)vis dans le massif central, où les carences en iode sont fréquentes, comme dans tous les massifs montagneux (cf. le crétin des alpes-médecin de campagne de Balzac). Après une explosion nucléaire, il y a émission d'iode 125 et 131. Et les thyroïdes carencées en iode se jettent sur celui qui tombe du ciel...
Alors, que ça, je n'en suis pas certain ; mais ce dont je suis certain, dans ma pratique personnelle, c'est que je vois au moins 5 fois plus de pathologies thyroïdiennes qu'il y a 10 ans. T4 et TSH font partie de mon bilan standard (tant pis pour les rmo).

A titre d'information, et d'après les cartes présentes sur le site d' E.Vialon, le taux de contamination en Champagne a été sensiblement identique à celui du Massif Central.

Le plus bête dans cette histoire, c'est qu'il n'y avait, parait-il, pas grands risques à distribuer des pastilles d'iode à la population, dans les heures qui ont suivi la contamination. Il était d'ailleurs aussi possible de se prémunir en absorbant simplement une ou deux gouttes de teinture d'iode mélangées à un verre d'eau, à condition, bien sûr, d'avoir été informé à temps...

- (au cas où une telle catastrophe se reproduirait, avant toute automédication consultez évidemment, et rapidement, votre médecin...) -

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16 ans de silence !
(Science & Vie 1029 - juin 2003)

Vous trouverez des infos sur les maladies de la thyroïde et sur la contamination radioactive dans le site de l'AFMT . N'oubliez pas non plus de visiter le site de la CRIIRAD

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Évolution du nombre de cancers de la thyroïde en Biélorussie, Ukraine, Russie, depuis l'accident de Tchernobyl. Ces cas concernent les individus âgés de moins de dix-sept ans au moment de cette catastrophe (pour certaines années, les chiffres concernant la Russie ne sont pas disponibles) - dépôts de césium 137 dans les pays d'Europe (mesurés en kilobecquerels par mètre carré).

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à lire également le point de vue original et très intéressant d' Hubert Reeves sur le nucléaire (Le Monde - avril 2002) :
" L'énergie nucléaire a-t-elle un avenir ? "