Enrésinement des taillis sous-futaie pauvres en réserves sur
sol profond (type limon des plateaux)

Ce genre de problème se rencontre pratiquement d'une façon assez fréquente, en raison des tendances actuelles de la sylviculture, de remplacer les taillis feuillus, très abondants dans une bonne partie de la France, par des plantations résineuses dont l'avenir est bien plus prometteur (bois de râperie, poteaux, etc...). Certes, on développe actuellement des établissements industriels susceptibles d'absorber des quantités croissantes de petits bois feuillus, mais ces produits sont achetés sur pied à des prix très faibles (de 5 à 10 fois moins cher, par mètre cube, que les petits bois résineux de bonne qualité), et la faveur des sylviculteurs reste aux enrésinements.

Or, il faut bien reconnaître que l'on manque de données précises pour effectuer des opérations de ce genre, surtout depuis que l'on utilise assez largement des espèces non indigènes à croissance dite " rapide ", que l'on connaît assez mal du point de vue de leurs exigences en lumière. On ne peut guère - bien que ceci se pratique parfois - penser raser complètement les taillis à enrésiner, car, outre que les frais engagés sont très importants (pour l'exécution du premier travail, et pour l'entretien indispensable), ce genre d'opération modifie, d'une façon parfois défavorable, l'ensemble des facteurs microclimatiques des stations. Fréquemment donc, on pratique des bandes, ou des trouées, où l'on installe par plantation de jeunes résineux élevés en pépinière (ou bien où l'on se contente de semer des graines), et ce sur une partie seulement de la forêt. De cette façon on transforme le peuplement primitif qui, dans de nombreux cas, pourra se perpétuer naturellement par la voie, bien moins coûteuse, de l'enrésinement naturel. C'est évidemment, un travail de longue haleine, mais un sylviculteur averti sait très bien que toute œuvre durable est soumise à la contrainte inexorable du temps.

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Des tendances diverses s'opposent, en ce qui concerne ce genre d'opération, mais il semble que, de toutes façons, il convienne d'assurer aux jeunes plants, ou aux semis, des conditions de Rr favorables pour être assuré, qu'au moins sur ce point, l'une des conditions d'une bonne croissance est remplie.

 

 

FIG. 57 - Répartition théorique du rayonnement relatif au sol dans des trouées circulaires et dans des bandes de largeurs et d'orientations diverses. La zone hachurée correspond aux exigences croissantes du sapin pectiné du Jura, de 5 % environ dans sa première année de croissance, jusqu'à 25 % environ vers l'âge de 15 à 20 ans) (ROUSSEL 1962).


La figure 57 représente, sous une forme un peu différente de celle adoptée à la page 42 ci-dessus, comment le Rr se répartit, en divers points de trouées circulaires et de bandes, définies par ailleurs comme il est dit plus haut, en fonction de la hauteur des peuplements voisins. Ceux-ci étant, on le précise bien, supposés très denses.

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D'un autre côté, des observations, comme celles relatées à la page 93 ci-dessus permettent de déterminer, approximativement, la zone de Rr convenable pour chaque variété de chaque espèce utilisée. Par exemple, dans la figure 57, partie inférieure, on a figuré par des hachures la zone de Rr qui semble convenir au sapin pectiné du Jura (sous réserve qu'un été exceptionnellement chaud et sec ne vienne éliminer la majorité de sujets). On voit, sur cette figure, que le sapin pectiné peut être installé de préférence dans des bandes orientées Nord-Sud, d'une largeur égale à la moitié, de la hauteur des taillis voisins, supposés adultes (soit souvent d'une largeur de 4 m dans un taillis de 8 m de hauteur totale), et sur le bord sud (exposé au nord) des bandes orientées Est-Ouest, d'une largeur quelconque.

Voici, du reste, pour les 12 espèces (ou variétés) en expérience depuis 8 années, quelques indications générales sur leur emplacement souhaitable selon le type et l'orientation des bandes.

Douglas (race maritime) = bandes larges (sauf au sud de la bande orientée Est-Ouest)
Épicéa commun (Alpes du Sud) = d°
Épicéa commun (Jura) = bandes normales (sauf au sud de la bande orientée Est-Ouest)
Épicéa omorica = d°
Épicéa de sitka = d°
Mélèze du Japon = découvert total rapide
Pin laricio de Corse = bandes normales (sauf au sud de la bande orientée Est-Ouest)
Pin Weymouth = d°
Sapin de Nordmann = d°
Sapin pectiné (Aude) = d°
Sapin pectiné (Jura ou Vosges) = bande étroite - bandes normales dans la partie sud, en cas d'orientation Est-Ouest
Sapin de Vancouver = bandes normales (sauf au sud de la bande orienté Est-Ouest)

 

Quand l'on envisage l'installation naturelle, par voie de semences, dans des taillis parsemés de résineux assez âgés des espèces ci-dessus (pour tant est qu'ils aient pu se reproduire dans les stations où ils sont installés), le plus simple sera de donner aux semis, très rapidement, un Rr de 35 %. qui s'est avéré le plus favorable à un ensemble de sujets d'espèces variées (sauf pour le sapin pectiné du Jura qui se contente d'un Rr de 20 à 25 %, et pour le mélèze du Japon, qui demande très vite un Rr de 100%). L'examen de la figure 57 indique que, dans un taillis supposé très dense, le Rr de 35 %. sera atteint (en été) du centre au bord nord des grandes trouées (d'un diamètre de 16 m dans des taillis de 8 m de hauteur, par exemple). Au Sud, et sur les bords Est et Ouest, le Rr sera un peu insuffisant. Mais les sujets, en général assez " plastiques " n'en souffriront pas trop. La présence, dans le sol, d'une quantité d'eau suffisante reste toujours indispensable.